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Quelqu'un qui aime les arbres et les trésors...

Vers la création d'un mécanisme de protection des forêts

e Brésil et l'Indonésie demandent aux pays occidentaux de financer des mesures de lutte contre la déforestation. Un phénomène responsable de 20 à 25 % de la production mondiale de CO2.

Le vocabulaire des négociateurs du climat s'est enrichi d'une expression : « déforestation évitée ». Et cette idée, à priori simple - il vaut mieux récompenser ceux qui ne détruisent pas leurs forêts car elles captent du CO2 plutôt que replanter des arbres à posteriori - devrait être un sujet majeur de la conférence de Bali.

Selon les scientifiques, le fait d'incendier des zones boisées afin de disposer de terres agricoles pour produire de l'huile de palme, de couper les essences précieuses pour alimenter le marché du bois, affaiblit la capacité de stockage de la terre et conduit au relargage dans l'atmosphère d'une partie du CO2 stocké dans les arbres. Ce phénomène est responsable de 20 % à 25 % de la production mondiale de gaz carbonique, soit 5,9 giga tonnes par an, équivalent aux trois quart des émissions de l'Europe des Vingt-Sept. Un rapport récent intitulé « changement climatique et usage des terres » publié par le ministère de l'Ecologie français montre qu'une forêt primaire stocke entre deux et trois fois plus de CO2 qu'une forêt reconstituée. Les pays qui déboisent le plus sont le Brésil (2,6 millions d'hectares par an sur la période 1990-2000, 3,1 millions entre 2000 et 2005) et l'Indonésie (1,87 million d'hectares entre 1990 et 2000), suivis par le Soudan, la Birmanie, la Zambie, la Tanzanie et le Congo, qui saccagent 500.000 hectares par an.

Historiquement, le protocole de Kyoto ne prévoit de récompenser que les opérations de reboisement considérées comme des « puits de carbone ». Une entreprise européenne ayant du mal à respecter son objectif de limitation d'émission de CO2 peut acheter des crédits issus des mécanismes de développement propre (MDP). Ces crédits, servent à financer des efforts réalisés dans les pays en voie de développement. Mais la plupart concernent l'amélioration de procédés industriels plus faciles à mettre en place.

L'idée, aujourd'hui, est d'aider les pays avant qu'ils ne coupent les arbres. Le président brésilien Lula l'a répété : « Vous ne pourrez pas convaincre les pauvres de ne pas couper un arbre si vous ne leur donnez pas en échange un travail et de la nourriture. » Les débats sont intenses sur la manière d'évaluer la quantité de destructions évitées, de fixer une valeur aux efforts accomplis et de déterminer comment et à qui on distribue l'argent. Un premier consensus est établi pour que ce mécanisme soit construit au niveau national, et non projet par projet. Les pays auraient des objectifs nationaux, et les gouvernements seraient chargés de redistribuer les financements. Un fonds mondial pour la forêt est évoqué. Le Brésil propose que l'on calcule un taux de déforestation sur la moyenne des dix ans précédant la mise en oeuvre du mécanisme grâce, notamment, aux images satellites. Il serait comparé à une situation réactualisée tous les trois ans. Mais les pays africains, où l'exploitation de la forêt n'a pas atteint les niveaux industriels développés en Asie, ne veulent pas en entendre parler, car ils auraient alors un taux de déforestation modeste. Ils demandent un facteur d'ajustement qui prenne en compte leurs besoins de développement futur. Quant à l'Indonésie, pays hôte de la conférence, elle a calculé que la manne pourrait atteindre 15 milliards de dollars par an distribués sous forme de crédits CO2.

Alain Karsenty, chercheur au Cirad, tempère les débats. Pour lui, l'évolution du prix des matières premières, les changements de parités monétaires ou les variations du climat ont aussi une influence sur l'évolution des phénomènes de déforestation qu'il ne serait pas juste de rémunérer. Une chose est sûre. Tout effort visant à empêcher les plantations d'huile de palme et de soja de s'étendre aux dépens des forêts tropicales est favorable à la défense de la biodiversité et à la préservation des espèces animales en danger.


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