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Quelqu'un qui aime les arbres et les trésors...

Bizarre, bizarre

Le plus ancien sanctuaire de la péninsule Arabique

Une "découverte remarquable" servie par une "interprétation remarquable". Ainsi la grande revue britannique Antiquity présente-t-elle de singuliers travaux, publiés dans sa dernière édition et documentant un surprenant sanctuaire du quatrième millénaire avant notre ère, découvert dans la péninsule Arabique - le plus ancien mis au jour dans cette région du monde. Surprenant ? Qu'on en juge : le "monument" devait être une plate-forme ovoïde de faible élévation et d'une dizaine de mètres carrés de surface. Avec cette particularité d'être presque entièrement édifié à partir d'ossements de dugong (Dugong dugon) - un mammifère marin proche du lamantin.

Le site a l'aspect d'un amas d'ossements. Découvert en 1989 sur l'île d'Akab (émirat d'Oumm Al-Qaïwaïn), il avait dans un premier temps été interprété comme un simple site de boucherie, voué à la découpe des carcasses de ce mammifère marin. Auquel cas, "nous aurions dû retrouver de l'habitat tout autour", dit Vincent Charpentier (Institut national de recherches archéologiques préventives, Inrap), coauteur de ces travaux. "Nous avons bien retrouvé les vestiges d'un habitat, précise Sophie Méry (CNRS), qui dirige les fouilles, mais son occupation est d'environ cinq siècles antérieure" à l'édification de l'étrange structure.

Affaiblie, l'hypothèse du site de boucherie a tout à fait été écartée par une étude minutieuse de l'agencement des ossements : orientation des crânes vers l'est et alignement sur deux rangées, tri effectué dans le choix des ossements constitutifs de la structure, imprégnation de la couche inférieure de l'édifice avec une préparation d'ocre, etc. En 2006, les fouilles révèlent en outre la présence, dans l'amas, de près de 2 000 objets rares, de perles tubulées, de pierres d'importation, d'hameçons de nacre... "On est là sur le fonctionnement classique d'un sanctuaire, avec des populations qui viennent sans doute déposer ces objets sur la structure", dit M. Charpentier.

Bien connues... en Océanie

En compulsant la littérature savante, les archéologues réalisent que de telles structures, jamais mises au jour en Arabie, sont bien connues... en Océanie ! Plus exactement chez les populations du détroit de Torres, aux confins de l'Australie et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Une gravure de l'explorateur Dumont d'Urville, datée de 1840, montre un tel édifice, encore fonctionnel, observé sur l'île de Tudu. Ces structures, baptisées "kod" en Océanie, étaient ovoïdes et constituées d'ossements de dugong, et elles servaient également de réceptacles à des offrandes de parures ou d'objets rares. Les études anthropologiques menées sur ces kod montrent qu'ils sont attestés entre le XIVe et le XIXe siècle de l'ère chrétienne et qu'ils sont associés à des rituels propitiatoires, préalables à la chasse, dangereuse, au dugong.

A 8 000 km de distance et près de soixante siècles d'écart, le parallélisme est stupéfiant. De part et d'autre, "il y a une analogie structurelle et une analogie fonctionnelle, dit Mme Méry. Mais nous ne savons pas si cela signifie que les structures de sociétés ou les croyances aient pu être semblables." Voilà qui pourrait aider à répondre aux questions entourant le néolithique en Arabie, où les populations pratiquent l'élevage, mais ne cultivent pas la terre. Où elles travaillent le bronze avant même de savoir façonner de simples céramiques...

 


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