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Quelqu'un qui aime les arbres et les trésors...

Agronomie; Aurons-nous encore des fruits dans vingt ans ?

Une grande majorité des plantes dépendent de la pollinisation par les insectes. Problème : on craint la disparition massive des abeilles. Un mystère qui menacerait la production des fruits et légumes.

Que deviendrait notre planète si les abeilles disparaissaient ? Une question pas si futuriste que ça. Victimes de parasites, de la pollution par les pesticides ou du bouleversement de leurs habitats naturels, les abeilles disparaissent par millions chaque année. " On estime qu'autour de 30 % des espèces d'abeilles sont en danger en Europe. C'est considérable ", déclare Bernard Vaissière, chargé de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra). Une étude publiée, le 15 février, par l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) sur 120 colonies d'abeilles en France n'a pas permis de définir concrètement le rôle déterminant des pesticides sur la mortalité des apidés.

Un mystère persistant. Aux États-Unis, où l'on parle d'un " syndrome d'effondrement des colonies ", 25 % du cheptel aurait disparu rien que pendant l'hiver 2006-2007. Une situation qui se retrouve également au sein des colonies sauvages sur toute la planète. Et c'est là que se pose le vrai problème : au-delà de l'inquiétude que provoque cette baisse importante des colonies d'abeilles, c'est un bouleversement sans précédent dans l'histoire de l'humanité qui risque d'arriver dans les années à venir. Au-delà des conséquences économiques directes pour le secteur de l'apiculture, l'agriculture mondiale serait elle-même menacée à long terme.

Actuellement, plus de 80 % des espèces de plantes à fleurs dans le monde et 80 % des espèces cultivées en Europe dépendent directement de la pollinisation par les insectes, essentiellement par les abeilles. Et sans les butineuses, la plupart des cultures n'atteignent plus une production satisfaisante. Les butineuses permettent également aux pollens de différentes espèces de se rencontrer, assurant ainsi un rôle dans la diversification des plantes.

Concrètement, la disparition des abeilles ne signifie pas pour autant que l'espèce humaine va mourir de faim, puisque 60 % des cultures - principalement les céréales comme le blé, le maïs et le riz - ne sont pas concernées. " Cependant, si les abeilles s'éteignent, on peut s'attendre à voir disparaître 60 % des fruits et légumes ", ajoute Yves Goïc, président du Centre national du développement apicole (CNDA).

Pour tenter d'inverser la tendance, l'un des espoirs réside dans la collaboration entre apiculteurs et agriculteurs, car, " aujourd'hui, la recherche agronomique n'est pas prête à proposer des espèces qui n'ont pas besoin de pollinisateurs pour se reproduire, affirme Yves Goïc. Il s'agit également d'adapter les produits phytosanitaires et leur utilisation aux sensibilités des insectes ". Car, s'il n'y a plus d'insectes pollinisateurs, quelles solutions envisager ? Il est en effet peu réaliste d'utiliser des espèces d'élevage, comme on le fait déjà avec des bourdons pour les tomates sous serre, pour les cultures en plein champ.

DES MOUCHES EN REMPLACEMENT

Quant à la pollinisation manuelle, à l'instar de ce qui est mis en oeuvre pour la vanille, ce n'est pas rentable à grande échelle. " Plusieurs entreprises s'y sont déjà essayées dans le monde, qui avec des hélicoptères, qui avec des machines secouant les plantes... Mais aucune méthode n'a jamais été retrouvée sur le marché ", explique Bernard Vaissière.

On peut aussi imaginer utiliser d'autres espèces pollinisatrices, des mouches par exemple, pour remplacer les abeilles. Ou encore de privilégier des espèces végétales moins dépendantes des insectes que celles sélectionnées pendant des siècles. Ou alors de produire des fruits sans fécondation, soit de façon spontanée (la banane), soit grâce à la pulvérisation d'hormones spécifiques (tomates, courgettes). Mais ces techniques ne sont pas applicables à toutes les espèces et les conséquences sur la qualité gustative des fruits sont parfois catastrophiques. Sans parler d'une diminution dramatique de la biodiversité. C'est d'ailleurs pour évaluer les risques encourus à l'échelle européenne, que le programme Alarm a été mis en place sur cinq ans (2004-2008). Il y a urgence : " Si les abeilles disparaissaient du globe, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre ", déclarait Albert Einstein.

De la nécessité des abeilles

On estime que plus de 20.000 plantes sauvages sont sauvegardées en Europe grâce à l'action des abeilles. " C'est le cas de nombreuses espèces sauvages [romarin, thym, lavande, moutarde], des arbres fruitiers, des grandes cultures oléagineuses [colza, tournesol] et protéagineuses, des cultures maraîchères. Et aussi des semences de crucifères [radis, choux, navets], d'ombellifères [carottes, céleri, persil] et d'alliacées [oignons, poireaux]..., précise Bernard Vaissière. Difficile d'imaginer un repas auquel les abeillesne soient pas associéesde près ! "


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