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Quelqu'un qui aime les arbres et les trésors...

Les invasions biologiques gagnent du terrain

Le nombre d'espèces colonisatrices flambe avec la montée des échanges commerciaux. Une étude dénombre pour la première fois leur importance.

Le nombre d'espèces invasives d'insectes connaît une augmentation sans précédent.

Le nombre d'espèces invasives d'insectes connaît une flambée sans précédent en Europe selon l'inventaire que viennent de réaliser pour la première fois 15 instituts de recherche réunis par le projet européen Daisie (Delivering Alien Invasive Species Inventories in Europe). « Entre 1950 et 1974, les chercheurs ont pu observer 8 nouvelles espèces d'insectes exotiques en moyenne chaque année (soit 201 en vingt-cinq ans). Depuis 2000, ce chiffre a grimpé à 17,5 espèces (soit 140 en huit ans) », explique Alain Roques, spécialiste des insectes forestiers à l'unité de recherche zoologique de l'Inra (Institut national de recherche agronomique).

Au total, 1.517 espèces exotiques d'insectes, acariens, vers et autres mollusques terrestres, se sont établis « clandestinement » sur le Vieux Continent, et 964 autres espèces endémiques à l'Europe ont migré de leur région d'origine vers une autre. Avec ce dernier recensement, les chercheurs estiment désormais à 10.800 (faune et flore confondues) le nombre d'organismes vivants émigrés sans permis entre l'Atlantique et l'Oural... Seulement 9 % de ces espèces ont été délibérément introduites par l'homme à des fins récréatives (par exemple pour des élevages de papillons destinés aux collectionneurs) ou pour la lutte biologique. Les autres proviennent principalement d'Asie, largement devant l'Amérique du Nord, preuve, selon Alain Roques, que « l'accélération du nombre d'espèces invasives est directement liée à la mondialisation des échanges ». Les vecteurs : produits agricoles, bois d'emballage, plantes ornementales, graines, animaux domestiques, vivarium...

La greffe ne prend pas toujours. « Sur un millier d'espèces végétales exotiques susceptibles de coloniser un nouveau territoire, 100 parviennent à planter leurs racines, 10 s'établissent durablement, mais une seulement parvient à étendre son aire de distribution. On est sans doute dans les mêmes proportions s'agissant des invertébrés », compare le chercheur.

L'inventaire réalisé par le groupe Daisie devrait permettre d'en apprendre plus sur les facteurs de succès qui contribuent à faciliter l'implantation. « La question qui se pose est de savoir s'il existe des caractéristiques communes aux espèces invasives », explique Jean-François Silvain, directeur de l'unité de recherche biodiversité et évolution des complexes plante-insectes ravageurs-antagonistes à l'IRD (Institut de recherche et de développement). D'où tirent-elles leur capacité de dispersion ? Investissent-elles dans la reproduction au détriment d'autres fonctions ? Quelle part jouent les phénomènes adaptatifs ? Quelles influences ont les écosystèmes ? Quel rôle joue la génétique dans la rapidité de contamination d'un milieu ? Les chercheurs ont bon espoir qu'en répondant à ces questions ils dégageront des groupes à risque, voire des profils d'espèces invasives et leur méthode de prolifération.

Insectes teigneux

Pour tenter de comprendre le phénomène, l'équipe de Jean-François Sylvain travaille actuellement sur les problèmes posés en Amérique du Sud par 3 espèces de la teigne de la pomme de terre (« Tecia solanivora »). Une est originaire du Guatemala. Elle vivait il y a cinquante ans sur une plante sauvage de la famille des solanacées (à laquelle appartient la pomme de terre) et a contaminé les cultures dans les années 1970, sans doute à la faveur d'un changement de variété. Partant de là, la contamination a gagné le Costa Rica, le Venezuela puis l'Equateur.

Ce qui intrigue les chercheurs, c'est que, parallèlement, deux autres espèces cousines sont apparues sur le même territoire en exploitant des niches d'altitudes différentes, au-dessus de 3.000 mètres et proche du niveau de la mer. « Ce qui nous intéresse dans ce cas, c'est la faculté du ravageur à se disperser sur deux fronts, horizontal et vertical. Nous espérons tirer de ce modèle une loi générale sur les facteurs de prolifération des espèces en découvrant qui, du milieu ou de l'animal, contribue le plus à la colonisation », poursuit Jean-François Silvain.

La réponse n'intéresse pas que les chercheurs, car les dégâts occasionnés se chiffrent en milliards pour l'économie. L'exemple qui inquiète en ce moment la communauté internationale mesure à peine 1,5 centimètre. Il a débarqué il y a cinq ans aux Etats-Unis dans le bois de palettes non traitées venant de Chine. Depuis, ce coléoptère au dos vert luisant - l'agrile du frêne - se joue des autorités en dépit des mesures de contrôle pour éviter sa propagation. A ce jour, plus de 25 millions de frênes ont déjà dû être abattus sur le territoire et le gouvernement a chiffré à 100 millions de dollars les dépenses occasionnées en recherche, éradication et reforestation.

« Arbres sentinelles »

De Detroit où elle a été aperçue pour la première fois, la bestiole a gagné l'Est jusqu'à atteindre l'an passé le territoire québécois. Grosse inquiétude des municipalités de Québec et Montréal : dans un document intitulé « Les ravageurs exotiques, une menace pour les forêts urbaines », elle estime que 75 % des arbres du milieu urbain pourraient disparaître et chiffre à plus de 500 millions de dollars les dégâts potentiels sur son environnement.

Aucune parade possible. L'animal pond ses oeufs dans les anfractuosités de l'écorce puis la larve y creuse des tunnels qui empêchent la circulation de la sève. Quand elle est repérée, il est déjà trop tard : en deux à trois ans seulement, l'arbre meurt. Aux Etats-Unis, où une grande partie du couvert forestier est composée de frênes, y compris en ville, les dommages pourraient atteindre 25 milliards au cours des vingt-cinq prochaines années.

Avec l'institut de zoologie de l'Académie des sciences de Pékin, l'Inra vient de tenter une timide riposte : planter des « arbres sentinelles » européens pour observer leur comportement face aux colonisateurs. Une première plantation d'une dizaine d'essences a été réalisée vers Shanghai, préambule à un test qui devrait livrer un échantillon des forêts européennes à 5 autres exemples de la biodiversité du territoire chinois.


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