Une arche de Noé pour les plantes du monde entier en Norvège
Une banque génétique contenant les semences indispensables à l'agriculture et à l'alimentation a vu le jour sur l'archipel du Svalbard.
AU MILIEU de la mer Arctique, les îles du Svalbard sont battues par la neige et les vents glacés. Dans cet enfer blanc qui sort à peine de la nuit polaire, une lueur illumine la montagne qui domine Longyearbyen, la capitale. C'est là, dans les entrailles de l'île la plus connue, le Spitzberg, que se trouve le Svalbard Global Seed Vault, un refuge pour des millions de graines du monde entier. Cette arche de Noé végétale va devenir la plus grande banque génétique de semences au monde, un ultime conservatoire naturel pour l'humanité.
La forteresse a été inaugurée mardi. Le premier ministre norvégien Jens Stoltenberg, accompagné de la Prix Nobel de la paix Wangari Maathai, a pénétré dans le froid de la première chambre forte : 1 600 m ³ creusés à même le permafrost, une couche de sol gelé typique des latitudes polaires. Blé, canneberges et choux chinois ont été déposés dans des petits paquets hermétiquement scellés aux côtés de 268 000 autres échantillons de semences envoyés du Pérou, du Kenya ou encore du Canada.
L'empaquetage des graines et les contrôles sont assurés par NordGen, le centre de ressources génétiques norvégien. Au total, 100 millions de graines déshydratées sont pour l'instant réfrigérées à - 20 °C, la température idéale pour garder intactes les propriétés germinatives des graines pendant plusieurs années : 55 ans pour le tournesol et jusqu'à 20 000 ans pour le sorgho ! Les trois chambres de l'arche pourront contenir jusqu'à 4,5 millions d'échantillons.
« Un réfrigérateur naturel »
Ici, pas de graines inédites. L'arche norvégienne « est dédiée à la sécurisation des copies des semences déjà emmagasinées dans les banques de graines » , s'enthousiasme Jacques Diouf, directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Répartis sur le globe, 1 400 centres veillent sur quelque 6,5 millions échantillons de semences, dont 1,5 million sont distinctes. Mais ces banques ne sont pas à l'abri de catastrophes naturelles, des conflits ou du manque d'argent nécessaire à leur entretien. Celles d'Afghanistan et d'Irak ont ainsi été dévastées sous les bombes. En cas de destruction, les centres propriétaires des graines pourront récupérer leurs échantillons pour reconstituer leurs stocks ou relancer les cultures vivrières locales.
Choisir le Svalbard, un caillou où rien ne pousse et couvert de glace à 60 %, pour accueillir la luxuriante diversité des cultures du monde n'a rien d'étonnant. « Le permafrost est un réfrigérateur naturel qui maintient la température très basse, même en cas de coupure électrique » , explique Magnus Bredeli-Tveiten, qui dirige la construction de l'arche. La stabilité politique de l'archipel où l'activité militaire est limitée par un traité, constitue aussi une garantie pour la sécurité de l'arche. Enfin, la Norvège, qui finance le projet à hauteur de 6 millions d'euros, a obtenu le soutien de la communauté internationale par son pacifisme et son engagement en faveur de l'environnement.
« La diversité des cultures sera notre ressource la plus indispensable pour affronter les changements climatiques, les contraintes de l'accès à l'eau et à l'énergie et pour satisfaire les besoins alimentaires d'une population mondiale croissante » , assure Cary Fowler, directeur du Fonds pour la diversité des cultures (Global Crop Diversity Trust) qui gère le projet et finance l'acheminement des graines depuis les pays en voie de développement jusqu'au Spitzberg. Les variétés d'aujourd'hui ne seront pas forcément celles qui vaincront les fléaux de demain.
D'où la nécessité pour assurer la sécurité alimentaire de maintenir la diversité des variétés dans des banques, alors qu'elle est toujours plus réduite par la course à la rentabilité qui ne s'appuie que sur quelques cultures très productives et laisse tomber les autres dans l'oubli.
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28 Février 2008 à 12:44 dans
- Général

