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Quelqu'un qui aime les arbres et les trésors...

Les forêts congolaises menacées de bradage

La conversion des titres forestiers en contrats de concession forestière dans le cadre de l'application du Code forestier est un processus en cours. Un silence de cimetière entoure ce dossier de la part de l'exécutif national. Il se pose un problème de transparence.

A ce sujet, Le Phare a rencontré Joseph Bobia Bonkaw, coordonnateur national du Réseau des ressources naturelles (Rrn/Rd Congo), mardi 12 février 2008 au siège du Centre national de développement et de participation populaire (Cenadep).

D'entrée de jeu, le coordonnateur national du Rrn a déclaré : « Le processus de conversion des titres forestiers va vers sa fin et cela d'une façon expéditive. Le gouvernement tient à ce qu'on ne parle plus de conversion des titres, mais qu'on revienne plutôt aux nouvelles allocations forestières. Dans cette situation, on risque même de convertir des titres qui devraient être invalidés ».

Il a cité quelques conditions à remplir pour la validation des titres forestiers. Il s'agit entre autres du fait que l'entreprise doit payer certaines taxes comme celle liée à la superficie ; la réalisation du plan d'aménagement pendant la coupe ; l'installation d'une unité de transformation locale

Joseph Bobia a rappelé qu'il y avait 156 titres forestiers à convertir. D'après certains rapports de mission, il y a des titres qui existent sur le terrain et qui sont exploités, mais qui ne figurent pas sur la liste des 156.

Le coordonnateur national a signalé l'existence d'un moratoire sur l'application du code forestier depuis 2002. Mais ce moratoire n'est pas respecté en premier lieu par le gouvernement lui-même.

Qu'est-ce qui va se passer ? « En expédiant ce processus de conversion des titres forestiers, on mettra de côté le moratoire qui interdit l'allocation de nouvelles concessions forestières jusqu'à nouvel ordre. Or, aujourd'hui, 40 millions des Congolais dépendent des forêts. Allouer de nouvelles concessions dans un contexte où l'administration locale ne sait pas faire un contrôle systématique sur le terrain, c'est procéder à une coupe systématique de la forêt. Cette coupe risque d'avoir des conséquences néfastes sur les communautés locales, et d'affecter le climat.

« Par le temps qui court on ne cesse de parler de changement climatique, mais que fait la Rd Congo en se précipitant dans de nouvelles allocations forestières sans renforcer les capacités de son administration forestière ? » s'indigne-t-il.

Pour la société civile, le moratoire peut rester en vigueur même pendant une période d'au moins 10 ans pour deux raisons principales. « D'abord, renforcer les capacités de l'administration locale et de la société civile ainsi que de toutes les composantes qui doivent travailler dans la gestion durable des ressources de la forêt. Ensuite, aider à ramener à l'ordre du jour le programme du zonage forestier. On ne peut pas comprendre comment on peut allouer de nouvelles concessions sans un zonage. C'est dangereux. »

Le coordonnateur national du Rrn a aussi parlé du zonage. Cela sous-entend la délimitation des zones aux aires protégées ; à l'exploitation industrielle du bois ; et à l'espace de production des communautés locales. « Ce programme préalable, a-t-il poursuivi, n'est pas encore réalisé, ce sont les tractations qui ont repris pour allouer de nouvelles concessions. »

Joseph Bobia n'a pas manqué de soulever une autre inquiétude. La superficie des aires protégées est en train de passer de 8 à 15% du territoire national sans la consultation des communautés de base. En précipitant le processus de conversion des titres forestiers et l'allocation de nouvelles concessions, on finira par ne plus avoir de l'espace pour les communautés locales.

Il a signalé la tenue d'un atelier sur le zonage du territoire national à la fin du mois d'avril. Présentement, on parle d'allocation de nouvelles concessions forestières. Or, ces dernières ne peuvent venir qu'après l'application du zonage, après le renforcement des capacités de l'administration locale et de la société civile.


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