Les automnes plus longs engendrés par les changements climatiques pourraient réduire le rôle joué par les forêts nordiques dans la lutte contre le réchauffement global, affirme une nouvelle étude scientifique.
Les bactéries qui se trouvent dans le sol, qui sont réchauffées par le soleil et qui se nourrissent des feuilles qui tombent produisent plus de gaz carbonique que les arbres ne peuvent en absorber par photosynthèse, affirme Hank Margolis, un chercheur de l'université Laval et un des auteurs de l'étude publiée dans les pages du magazine scientifique Nature.
"Nous croyons que les bactéries profitent davantage du réchauffement à l'automne que la photosynthèse", a-t-il expliqué.
Cela veut probablement dire, précise M. Margolis, que les scénarios qui avancent que des printemps et des étés plus chauds mèneront à une réduction du gaz carbonique grâce à une activité accrue sont probablement trop optimistes.
Il s'agit de la seconde étude au cours des derniers mois à prétendre que les changements climatiques réduisent déjà la capacité de la forêt boréale canadienne à absorber le gaz carbonique.
M. Margolis et son équipe voulaient mettre à l'épreuve la théorie selon laquelle une période de croissance prolongée dans les forêts nordiques du monde leur permettrait d'absorber davantage de CO2. Mais en utilisant des modèles informatiques et des données colligées depuis 20 ans, ils ont découvert que, en moyenne, les automnes se réchauffent plus rapidement que les printemps.
Dans les latitudes nordiques, les automnes se sont réchauffés de 1,1 degré Celsius, tandis que les printemps ne se sont réchauffés que de 0,8 degré.
Les arbres continuent à absorber du gaz carbonique à l'automne. Mais puisque les heures d'ensoleillement diminuent, cette activité diminue aussi au moment où les émissions de gaz carbonique augmentent quand les bactéries du sol se régalent des feuilles tombées.
"Quand l'automne arrive, les sols se sont réchauffés et les bactéries sont actives, a expliqué M. Margolis. Au fur et à mesure que l'automne progresse, les forêts commencent à émettre du gaz carbonique parce que les journées sont plus courtes."
Des automnes plus chauds ont déjà annulé 90 pour cent de l'absorption accrue provoquée par le réchauffement printannier, précise-t-il. Et si le réchauffement automnal continue à être plus rapide que le réchauffement printannier, les forêts pourraient devenir des productrices nettes de gaz carbonique.
D'autres facteurs ont aussi une influence sur la quantité de CO2 absorbée par les forêts. L'automne dernier, une étude menée dans le nord du Manitoba a laissé entendre qu'un climat plus sec et plus chaud augmente le nombre d'incendies de forêt, qui émettent des quantités énormes de gaz carbonique.
Les scientifiques ont découvert qu'une section de forêt d'un million de kilomètres carrés près de la ville de Thompson épongeait jadis de 5 à 10 grammes de CO2 par mètre carré de forêt.
Aujourd'hui, toutefois, cette forêt produit en moyenne deux grammes de CO2 par mètre carré par année.