Le miel
Plus efficace qu’une crème pharmaceutique
L’Occident seul a oublié le miel, surtout depuis l’avènement des antibiotiques, utilisés à tort et à travers. Il aura fallu que ceux-ci se heurtent à une résistance des microbes pour qu’il soit remis en selle. Depuis deux décennies, il fait l’objet de travaux scientifiques de plus en plus nombreux qui confirment son efficacité pour terrasser pléthore de microbes, même parmi les plus virulents. En Angleterre, aux Etats-Unis, en Allemagne, le miel commence à couler à flots dans les dispensaires et les hôpitaux. Il n’y a que la France qui traîne les pieds. Le professeur Bernard Descottes, chef du service de chirurgie viscérale et transplantation du CHU de Limoges, en est encore le seul apôtre. Pourtant, sa révélation date de 1984. « Un jour, une jeune fille est venue me consulter pour une plaie relevant d’une appendicectomie qui ne cicatrisait pas. Je me suis lancé : j’ai demandé à mes infirmières d’appliquer du miel. Elles m’ont regardé en pensant que le patron pétait les plombs, mais trois jours plus tard la plaie était refermée. Depuis, j’ai traité plus de 3 000 malades avec succès. » Devenu le président de l’association francophone d’apithérapie (http : //apitherapie.blogspot.com), le professeur Descottes a testé l’efficacité de centaines de miels en provenance du monde entier. Ces essais ont couronné les variétés au thym et au miellat (la substance sucrée excrétée par les insectes suceurs de sève, surtout celle de conifères). Ils assurent une cicatrisation deux fois plus rapide qu’un pansement gras. Même les crèmes pharmaceutiques, cent fois plus chères au gramme, sont incapables de rivaliser ! Qu’il s’agisse d’une plaie ou bien d’une brûlure.
Le secret antiseptique du miel, c’est l’eau oxygénée qu’il produit naturellement ! Cette fabrication découle de la présence d’une enzyme (le glucose-oxydase) utilisée par l’abeille pour opérer la transformation du nectar. Il en reste suffisamment pour qu’en présence d’un peu d’eau une nouvelle réaction chimique s’enclenche : le sucre se décompose en eau oxygénée et en acide glucolique. On connaît le pouvoir antiseptique de la première, tandis que l’acidité entrave également le développement des microbes. Quant au pouvoir cicatrisant proprement dit, il provient à la fois du sucre qui, par osmose, assèche la plaie et d’une ribambelle de composés organiques favorisant l’émission de cytokine et d’interleukine procicatrisantes.
L’abeille pharmacienne ne cesse d’étonner. Voilà peu, Tobias Olofsson, du laboratoire de microbiologie de Helsingborg (Suède), a identifié dans son estomac des lactobacilles et des bifidobactéries qui la protègent de certaines maladies en échange du gîte et du couvert. Ces bactéries amies pourraient se retrouver dans le miel, dont elles renforceraient les pouvoirs antiseptiques. Du moins, tant que celui-ci est frais.
Certaines abeilles plus malignes que les autres butinent les plantes médicinales, dont elles empruntent les substances actives. Voilà donc qui explique les résultats miraculeux du miel de thym employé par le professeur Descottes : il contient du thymol, un phénol aux facultés antiseptiques et vermifuges reconnues. De même pour le fameux miel de manuka de Nouvelle-Zélande, dont les exploits thérapeutiques célébrés dans le monde entier relèvent d’une molécule empruntée à l’arbre à thé ( Leptospermum scoparium ). Durant des années, le professeur Peter Molan, de l’université néo-zélandaise de Waikato, a cherché à l’identifier en vain. Finalement, cette molécule a été découverte l’an dernier par le chimiste allemand Thomas Henle, de l’université de Dresde. Il s’agit du méthylglyoxal, dont la concentration dans le miel manuka est jusqu’à cent fois supérieure à celle des autres miels. Les nombreux tests menés par Molan montrent que le miel dopé au méthylglyoxal vient à bout des maux de gorge, des gastro-entérites, des caries dentaires... mais aussi des mycoses. Il détruit même les redoutables entérocoques et staphylocoques dorés.
Un potentiel à exploiter
Le miel ne se contente pas d’exterminer les microbes. Le médecin chercheur Noori al-Waili, originaire de Dubai, aujourd’hui installé à New York, a publié pas moins de 160 papiers scientifiques lui trouvant un effet dans quantité d’affections. Par exemple, il a obtenu une baisse de la glycémie et de la tension chez des diabétiques et des hypertendus à qui il avait fait inhaler des « vapeurs de miel ». Il a encore réduit l’intensité et la durée de crises d’herpès génital et labial chez des malades bien plus efficacement qu’une crème à l’aciclovir. Enfin, il prétend avoir amélioré les tests hématologiques et biochimiques d’une vieille femme malade du sida après lui avoir fait faire une cure de miel à raison de 80 grammes par jour. D’autres chercheurs ont encore constaté des effets bénéfiques du « médicamiel » sur les ulcères, sur les fonctions hépatiques, rénales et séborrhéiques, et même sur le psoriasis. Le 12 janvier, le professeur Miki Fukuda, de l’université de Kyoto, publiait une étude confirmant l’amélioration des fonctions immunitaires et de l’activité antitumorale chez la souris après un traitement au miel de jungle récolté au Nigeria. Enfin, les revues scientifiques ont publié plusieurs études concluant à un effet bénéfique du miel dans le traitement de certains cancers humains.
Certaines études médicales demandent toutefois à être confirmées. Mais le miel possède un potentiel qu’il serait idiot de laisser inexploité. Il y a le miel, mais aussi toutes les autres spécialités apicoles : le pollen, le propolis, la gelée royale et le venin d’abeilles.
Bref, s’il devient urgent de protéger l’abeille pollinisatrice, il est tout aussi crucial de sauver l’abeille pharmacienne. Nous devons absolument tout faire pour que le monde redevienne le pays de Canaan où le miel coule à flots. C’est une question de nutrition et de santé publique.
(Suite)-
09 Août 2009 à 23:36 dans
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